C'est
avec une excitation comparable à celle d'un enfant la veille de Noël que je
préparais mon voyage qui, c'était décidé, se déroulerait du 1er mars
au 17 mars dernier. Vaccins, choix des leurres, choix des moulinets et des
cannes, passeport, tout cela s'est déroulé non sans tracas, car comme tout
passionné que je suis, les choix n'ont pas toujours été faciles. Guidé par
quelques amis d'expérience, c'est armé jusqu'au dents que je pris mon envol
pour l'île de Kéré, le 1er mars dernier !
L'arrivé
sur l'île m'a ouvert les yeux sur la beauté de cet autre monde. Le camp, très coquet
avec ses baraquements en dur, ses lits que je n'aurais jamais cru aussi
confortables et le confort général me tendit les bras. Quelle ne fût pas ma
surprise de constater qu'il n'y avait aucune espèce de bestioles désagréables
(pourtant habituellement très présentes), était-ce un signe
avant-coureur ?
Il
ne fallut pas des jours pour que nous nous lançâmes dans l'aventure exotique.
Le secteur est paradisiaque, et d'autant plus pour moi qui n'ai toujours connu
que la belle bleue et ses plages bétonnées ! Les mangroves, les
palétuviers, les roches et les grands courants du large se révélaient à moi au
fil des heures. Les eaux fourmillent de poissons qui ne demandent qu'à en
découdre. Carangues pompano, requins, cobias, carangues hippo, barracudas,
maquereaux bonites, carpes rouges (de taille modeste), et bien entendu les
grands tarpons dont je rêvais depuis tant d'années. À vrai dire, je me suis
équipé en conséquence, avec mes deux Zenaq Fokeeto et Defi Muthos et mes
Stellas, je crois qu'il pouvait m'arriver n'importe quoi, je me sentais
prêt ! C'était sans compter sur la surprise du jeune combattant que
j'étais qui, sur ses premiers combats, manqua d'abîmer ce si beau matériel tant
la défense de ces poissons était surprenante. Il ne me fallut pourtant pas longtemps
pour assimiler rapidement les conseils que m'ont habillement prodigué les
guides du camp, manifestement compétents, sérieux et en tout cas très gentils.
Mes longues années de pêche technique dans mon pays m'ont tout de même permis
de me mettre rapidement dans le bain et de profiter dès le troisième jour du
premier voyage exotique de ma vie ! Nous avons pris de nombreux poissons,
carpes rouges, barracudas et carangues. Bien que ces poissons ne fussent pas
aussi gros que les records fréquemment étalés dans la presse spécialisée, la
densité dont nous avons profité et surtout la défense fulgurante de ces
poissons confirme ce que l'on m'avait dit de cette destination. Je suis
aujourd'hui plus mûr que jamais, conscient d'avoir énormément appris là-bas et tout
excité à l'idée d'aller chasser des poissons encore plus gros. A tous les
pêcheurs français novices je peux dire que l'île de Kéré est un vrai paradis où
les explosions de surface sont monumentales. Nous avons également pêché de
nombreux poissons au jig et tenté plusieurs fois notre chance au poisson mort
dans les courants qui bordent l'île. La traîne a aussi occupé nos journées (par
marée basse) alors que le lancer était, de loin, notre technique préférée (à
marée haute).
Comme
je l'ai déjà dit plus haut, le tarpon emplissait mes rêves les plus fous. C'est
donc tout naturellement que nous avons un peu forcé la dose sur ce poisson. Les
heures ont été longues car les tarpons n'étaient pas présents en masse et c'est
avec dépit que nous avons du clôturer notre dernière sortie au tarpon sans
aucune prise... Par contre, ce que je dois vous dire, c'est que j'ai bien compris
qu'à la pêche, rien n'est joué tant qu'une canne est dans l'eau ! Les
dieux me l'ont précisément appris au moment où je m'apprêtais à retirer la
dernière canne à tarpon de l'eau. Je saisis la canne, commence à ramener le
mulet posé au fond quand je me trouve soudain attiré violemment au plat bord du
bateau. Je rends la ligne puis me retrouve en un instant en train de combattre
le poisson de ma vie ! Un tarpon de 86 kilos dont le combat n'a vraiment
rien de comparable, saut, rushs d'une puissance inouïe, ces images resteront
gravées à jamais dans mon esprit ! La semaine précédent mon arrivée, un
tarpon de 117 kilos a été pris dans ce camp, raison pour laquelle l'île de Kéré
est mondialement réputée pour le tarpon !
Nous
sommes rentrés à terre avec ce poisson que nous n'avons pu ranimer. Mon cœur en
bat encore à l'instant où j'écris ces lignes.
Mon
voyage est malheureusement terminé, je me trouve aujourd'hui devant mon clavier
en train de relater ce souvenir inoubliable. J'aurais bien du mal maintenant à
ne pas rêver nuit et jour de poissons fabuleux, de combats pourtant si
éprouvants physiquement et de paysages de peintures !